🔵 Anticiper les opportunités et prédire l’avenir (dans une certaine mesure)

« Bien que la plupart des gens comprennent très bien les conséquences directes de quelque chose, peu arrivent à discerner les effets indirects et les conséquences des conséquences. Hélas, pratiquement tout ce qu’il y a d’intéressant dans les affaires se trouve dans les effets de quatrième ordre et au delà »

« While most people understand first-order effects, few deal well with second-and third-order effects. Unfortunately, virtually everything interesting in business lies in fourth-order effects and beyond. »

Bruce Henderson

Dans cet article, vous allez découvrir pourquoi nous ne vivons pas dans une société optimale alors que nous avons tous les outils et toutes les ressources nécessaires. Pourquoi les gens, la société, les institutions publiques et privées, continuent depuis l’aube de l’espèce à faire des choix crétins. Pourquoi ça ne changera pas. Et comment vous pouvez en tirer parti.

Le domino que vous allez choisir de jouer maintenant influencera tous ceux à suivre. Ne pensez pas qu’au prochain. Photo : Fares Hamouche

Le concept n’est pas de moi. Vous trouverez texto le même article sur l’un de mes blogs favoris et dans le Personal MBA de Josh Kaufman. C’est l’un des enseignements clés de l’économiste-behavioriste Daniel Kahneman.

« Ne pas prendre en compte les conséquences de deuxième et troisième ordre est la cause de beaucoup de très mauvaises décisions. En particulier lorsque la première option envisagée confirme votre avis initial. Ne foncez jamais sur la première option disponible, aussi bonne soit-elle, avant d’avoir posé les bonnes questions et étudié soigneusement le sujet. »

Ray Dalio

Regarder les dominos derrière le premier domino

En anglais, ce concept s’intitule « higher-order thinking« , réflexion d’ordre supérieur. Cela signifie simplement que l’on réfléchit aux conséquences des conséquences. Une action a une conséquence (effet de premier ordre) et cette conséquence en a d’autres (effets de second ordre) qui elles-mêmes en ont d’autres.

C’est un exercice difficile. Personne n’est voyant. Mais vous devez au minimum vous y prêter avant de prendre une décision importante. Car presque personne ne le fait.

Et c’est l’une des explications à la médiocrité de nos systèmes politiques. Nous votons pour de belles promesses, parfois tout à fait sincère, sans mesurer leurs implications. No free lunch disait un économiste américain : si l’on vous promet quelque chose de gratuit, il y aura forcément quelqu’un quelque part qui devra le payer. Voici quelques exemples :

  • 🇫🇷 En France, des lois interdisent à un propriétaire immobilier de mettre son locataire à la porte s’il ne paie pas. Il est même illégal de déloger un locataire pendant l’hiver. En soi, une mesure qui protège les plus démunis en cas de coup dur. Mais qui en pratique, expose les propriétaires immobiliers à un risque croissant de ne pas être payé et de ne même pas pouvoir changer de locataire.
    ➡️ Conséquence : les propriétaires français se sont mis à demander des garanties, parfois démesurées, pour s’assurer d’être payés. Et les plus démunis, qui n’ont ni garant, ni CDI, ni trésorerie, ne peuvent tout simplement pas louer un logement décent. La population que l’on voulait protéger s’est retrouvée pénalisée.
    ➡️ Conséquence de la conséquence : un jeune travailleur sans garanties est contraint de vivre chez ses parents jusqu’à 25 ans ou plus.
    ➡️ Conséquence au 3e degré : baisse de la natalité chez les moins de 30 ans. Hausse du prix de l’immobilier.
    ➡️ Conséquence au 4e degré : vieillissement de la population et accroissement du problème des retraites. Accroissement des inégalités entre propriétaires de biens immobiliers et locataires. Accès à la propriété de plus en plus difficile.
    On peut en déduire qu’investir dans l’immobilier est présentement une excellente stratégie et qu’il est économiquement préférable de vivre chez ses parents lors de ses premières années dans la vie professionnelle.
  • 🇺🇸 Aux USA, le problème des crédits étudiants. On part du principe qu’une population avec un plus haut niveau général de formation équivaudrait à une population qui créé plus de valeur. Et que par conséquent, il faut permettre à tout individu un accès à la formation supérieure. En leur octroyant un prêt pour financer leurs études, par exemple.
    ➡️ Conséquence : l’offre et la demande se sont équilibrés de manière malsaine : les universités américaines sont devenues de plus en plus chères pour contrebalancer l’afflux d’étudiants. L’augmentation du nombre de citoyens diplômés a également diminué la valeur intrinsèque du diplôme. L’étudiant américain va donc s’endetter lourdement pour obtenir un diplôme qui ne lui offre plus un si gros avantage sur le marché du travail. On pourrait même dire que le jeune américain moyen est presque obligé de s’endetter s’il veut avoir une chance de prospérer par la suite.
    ➡️ Conséquence de la conséquence : une part croissance de la population américaine vit endettée (et se familiarise au fait de vivre endetté !).
    ➡️ Conséquence au 3e degré : les établissements de crédits américains prospèrent d’un côté, les niveaux généraux de stress liés aux soucis financiers augmentent de l’autre côté, causant des problèmes de santé divers.
    ➡️ Conséquence au 4e degré : le secteur financier américain va probablement continuer de grimper en valeur ainsi que l’offre de services de santé.
    On peut en déduire qu’investir dans les établissements financiers et sociétés médicales ou pharmaceutiques américaines est présentement un bon investissement.
    (Encore plus avec la pandémie de Covid-19 qui a fait exploser les taux de stress et de dépression dans le monde, ainsi que les investissements sur les marchés financiers)

⚠️ À noter qu’en France, une situation comparable s’est produite : l’université publique produit tellement de diplômés bac +5 que ces diplômes sont désormais méprisés par les employeurs et les écoles payantes font fortune, leur prix augmentant constamment. De nombreux titulaires de Master sont payés au SMIC.

Ce sont des exemples simples et pourtant ils sont difficiles à démontrer, car la causalité n’est pas explicite. Dans les cas de figures ci-dessus, on note la volonté d’aider des tranches défavorisées de la population, d’améliorer la société, et on finit par causer un plus grand dommage.

Si je pousse le domino qui me procure un avantage immédiat, j’ai intérêt à réfléchir aux dominos qui tomberont à la chaîne. Si je pousse le domino « commander une pizza pour me faire plaisir« , je peux prédire que les dominos « grossir » et « me sentir moins énergique » vont tomber à la suite. Puis les dominos « je suis moins attirant(e) » et « je n’ai pas le budget pour telle chose« . Un seul repas peut résulter de deux fortes causes de malheur plus loin !

Ce que vous devez absolument comprendre, c’est que les conséquences ont des conséquences. Ignorez les conséquences des conséquences à vos risques et périls. Votre politicien préféré vous promet un changement qui vous plaît bien, OK, mais qu’est-ce que ce changement implique ? Et les implications de ce changements ? En posant les bonnes questions, vous pouvez détecter un danger ou une opportunité avant tout le monde.

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Qui est le coupable ?

L’école. Saviez-vous que le système scolaire français, en 2021, forme de parfaits fonctionnaires pour le Premier Empire…? Dans une société qui requière d’être adaptable, curieux, de maîtriser plusieurs sujets et de savoir créer des synergies entre les individus, on apprend à retenir par cœur des dates et des formules. Si, enfant, vous étiez le ou la meilleur(e) mnémoniste de votre génération, on vous a sans doute prédit la lune. Avant que vous ne vous retrouviez à galérer comme tout le monde avec un bac +5.

L’école telle qu’elle a été conçue ne cherche pas à enseigner aux futurs citoyens à s’adapter et réfléchir sur plusieurs niveaux.

Elle est conçue pour vous mettre sur des rails très simples : un emploi pour la vie, peu de questions à se poser. Mais ce modèle est dépassé, à l’ère de la remise en question du concept même de salariat au profit des freelances et des privatisations à outrance. L’individu devient progressivement sa propre entreprise, voire son propre état.

Mais êtes-vous sûrs de vouloir vivre dans une société où tous les individus seraient entraînés à réfléchir aux effets dominos ?

Si l’on affirme que oui sans prendre le temps de réfléchir aux conséquences, c’est que l’on n’a pas compris le concept.

Une société où tout le monde prendrait le temps de la réflexion, d’évaluer les conséquences de leurs choix et des choix des autres, serait une société plus lente et plus prudente. Les individus seraient plus à même de faire des choix qui les avantagent individuellement : des choix de carrière par exemple. On se retrouverait avec un surnombre de banquiers, d’avocats et de médecins probablement. Il n’y aura pas de boulot pour tout le monde. Imaginons que cela aussi, les individus l’aient anticipé. Que peut-il se passer ? Tout le monde choisit une option secondaire et nous n’avons plus aucun médecin (ou bien je surestime la théorie des jeux ?).

Non, cette société n’a franchement pas l’air meilleure. D’ailleurs, pas mal de romans de science-fiction illustrant une société hyper-rationnelle la présente comme étant froidement cruelle.

Pour philosopher un peu : nous venons de toucher l’une des limites de l’être humain et de la société humain.

Contrairement à ce que les amateurs de SF et de transhumanisme pensent, les limites de l’être humain forment les limites naturelles de la société et font donc partie de son équilibre. Comme dirait tout philosophe taoïste, changez cela et vous romprez l’équilibre et causerez un grand désordre.

Alors pourquoi tout ceci est une bonne chose ?

C’est une opportunité. Une source infinie d’opportunités en tout genre. Si l’on relit la citation en tête d’article, le fondateur du Boston Consulting Group contextualise le concept dans le cadre du business.

12 mars 2020, le gouvernement français ordonne au pays de se confiner pour ralentir l’épidémie de Covid-19. C’était le bon moment pour se creuser la tête. Les gens vont rester chez eux, s’ennuyer, déprimer.
Est-ce qu’il y a une opportunité pour moi dans l’histoire ?

Un an plus tard, la réponse était : oui, pour le e-commerce, la livraison de nourriture, le streaming de films et séries, les MOOCs, l’aménagement de son espace de vie…

On se scandalise de la croissance démentielle d’Amazon dans ce contexte, mais elle était prévisible. En fait, elle était évidente pour quiconque y a réfléchi plus d’une minute. Il ne restait plus qu’à investir dans Amazon. Votre investissement aurait pratiquement doublé en un an.

Autre exemple : l’économie est durement touchée, la Banque Centrale Européenne imprime de l’argent pour garder le système à flot.
➡️ L’augmentation de la quantité d’argent en circulation signifie la baisse de sa valeur (inflation / effet Cantillon).
➡️ L’économiste Richard Cantillon nous apprend que l’inflation touche en premier lieu les biens et services que les populations les plus aisées désirent. On observe par conséquent une hausse des marchés boursiers et de l’immobilier.
➡️ La baisse de valeur de l’euro (et du dollar, la même situation s’étant produite outre-Atlantique) signifie également une baisse de confiance dans cette devise. La société commence à regarder très sérieusement l’outsider du système financier : les cryptomonnaies. La valeur du Bitcoin est multipliée par 5 en un an.
➡️ Quiconque n’a rien investi depuis le début de la pandémie a donc perdu de l’argent, sa valeur relative ayant baissé. Comme c’est le cas de la majorité des gens, la plupart du monde s’est appauvri.
➡️ Naturellement cela signifie que ceux qui avaient beaucoup d’argent et d’actifs dans le système ont le plus profité de la situation. Les riches sont donc plus riches, il y a hausse des inégalités entre les strates de la population.
(Ayant raté ma certification AMF pour un petit point sur 100, je n’ai pas le droit de vous conseiller de vous éduquer sur le sujet des cryptomonnaies et de songer à y allouer une part de votre salaire – un article sur le sujet viendra, de toute façon.)

Comment faire concrètement ?

Simple en théorie, complexe en pratique.

Il suffit de s’interroger. De se demander « et ensuite ?« .
Quelque chose se passe ? Demandez-vous qui sera affecté et comment. Faîtes des hypothèses. Documentez-les autant que possible. Interrogez, analysez, enquêtez.

Je répète : documentez-les autant que possible. Comme l’a un jour dit mon cousin un lendemain de fête de famille arrosé : le pouvoir de l’homme du XXIe siècle, c’est l’information (lorsqu’on lui a demandé ce qu’il faisait en slip avec une clé USB dans la main). Usez internet jusqu’à la moelle, trouvez des interlocuteurs pertinents, tissez un canevas d’information, de faits et d’avis. Alors vous aurez dans les mains les ingrédients pour prédire, avec un certain degré de certitude, le futur.

C’est un exercice difficile mais incroyablement gratifiant lorsque l’on arrive à des hypothèses solides.

Il est impossible de prédire l’avenir, mais il est largement possible d’anticiper des scénarios prévisibles.

C’est d’ailleurs le secret de la fortune d’hommes comme Warren Buffett, Jeff Bezos, Charles Munger… ainsi que le cœur du métier de banquier d’affaires, où des modèles statistiques sophistiqués servent à évaluer différents indicateurs passés présents et futurs.
Prenez du recul, cherchez un point de vue global, regardez loin devant tout en étudiant l’histoire, et vous saurez anticiper le futur proche avec un degré de certitude raisonnable.

L’art statistique et empirique de la prévision : exercez vous à renforcer vos anticipations

Si vous avez déjà un background en statistiques, en finance ou en jeux de hasard, vous savez déjà de quoi je vais vous parler maintenant. Un de mes sites préférés est le blog de prédictions du statisticien américain Nate Silver : FiveThirtyEight.

Vous pouvez renforcer vos prédictions en étudiant les données, les statistiques à votre disposition.

Je n’ai pas grand chose à ajouter à l’article Vous ne pouvez pas gagner aux paris sportifs. Lecture recommandée.

Tout comme je vous recommandais dans le chapitre précédent de collecter un maximum d’informations de toute nature, utiliser des données passées ou présentes, ou les anticipations d’experts, vous permettra d’affiner et corriger vos scénarios.

Il ne s’agit pas forcément de collecter des chiffres et des pourcentages. Vous voulez émettre des hypothèses sur le développement de la pandémie de Covid-19 ? Étudiez les précédentes pandémies de l’histoire, plus particulièrement celles dont les grandes lignes se rapprochent (virus, maladie peu létale, etc).

Conclusion et mise en pratique

Tout le propos de cet article est à la fois très simple en principe, mais très complexe en pratique. Exerçons-nous un peu dans le style de l’excellente Decision School et de son article dédié (en anglais) au sujet.

Il n’y a pas vraiment de bonne réponse aux questions posées ci-dessous. Ce qui importe, c’est votre démarche :

  1. Se poser la question « que pourrait-il se passer si… » en explorant un maximum de thèmes possible : politique, société, économique, individuel, spirituel…
  2. Nourrir vos premières hypothèses à l’aide de recherches
  3. Construire un scénario à plusieurs niveaux, voire plusieurs embranchements
  4. Estimer, au jugé et à l’aide de vos informations, de la probabilité de votre scénario

Ce que je vous propose, c’est d’étudier trois scénarios. Choisissez-en un et prenez quelques minutes pour réfléchir aux conséquences, puis aux conséquences des conséquences. Vous pouvez prendre une feuille de papier ou ouvrir un éditeur de texte sur votre ordinateur/téléphone. Formulez des idées, des hypothèses. Puis faites quelques recherches Google simple pour voir si elles sont plausibles.
Si par exemple vous pensez que la baisse actuelle du prix de l’or aura pour conséquence un mouvement inverse du prix du pétrole, cherchez les cours historiques de ces deux actifs pour voir s’il y a une corrélation.

Postez vos hypothèses et réflexions en commentaire, en essayant de conclure par une information pratique, quelque chose d’applicable dès aujourd’hui pour Mr Tout le Monde (par exemple : arrêter de consommer tel produit, investir dans telle entreprise, se former à telle compétence, etc).

Scénario 1 : la confiance dans les cryptomonnaies grandit continuellement auprès de la population.

Scénario 2 : l’alcool est catégorisée comme une drogue et sa consommation devient interdite en France.

Scénario 3 : le nouveau gouvernement iranien décrète que sa priorité absolue est de combattre la corruption en Iran.

J’ai hâte de lire vos développements !

Si vous êtes curieux de savoir ce que donnent mes propres anticipations, sans détailler mon développement, cela donne :

  1. Disparition du système politique occidental actuel dans 50 à 80 ans. → Se former aux cryptomonnaies dès maintenant.
  2. Pénurie de médecins. → Diminuer ou arrêter sa consommation d’alcool au plus vite et redoubler de vigilance sur sa santé.
  3. Vos petits enfants conduiront des voitures iraniennes. → Surveiller le développement économique de l’Iran au bout de quelques années pour déterminer une opportunité d’investissement.

Dit comme ça, ça semble un peu farfelu, tiré par les cheveux. Mais derrière ces résultats il y a une chaîne de conséquences plausibles, mises les unes au bout des autres.


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